Page:Saint-Just - Œuvres complètes, éd. Vellay, I, 1908.djvu/353

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Dans l’esclavage, tout blesse l’homme, parce que la convention n’a point de loi ; dans la liberté, tout blesse les lois, parce qu’elles sont à la place des hommes.

Quand j’ai dit que le crime n’offensait que la loi, tant s’en faut que j’aie prétendu enfreindre les justes droits de la patrie blessée, qu’au contraire je ne l’aie considérée comme une chose sacrée : j’ai parlé du crime en lui-même et non de ses effets. La réparation des délits est un principe de la loi, mais elle regarde plutôt le dédommagement que la peine.

Il en est des crimes comme des vertus : les premiers ne doivent être pour­suivis, les secondes récompensées qu’à proportion de l’importance. Les crimes d’opinion sont des chimères qui viennent des mœurs et sont la faute des lois ; les effets ne rétrogradent point ; en vain corrigez-vous les mœurs, si vous ne corrigez pas les lois.

L’amende honorable au ciel est une loi de fanatisme ; la réparation d’honneur est une loi de corruption. Dans tous les cas, l’homme qui blasphème n’offense sur la terre que la loi qui le défend ; celui qui flétrit quelqu’un pèche contre la loi qui défend l’imposture ; s’il en était autrement, les hommes seraient impitoyables entre eux.

Les lois tiennent le rang de Dieu, de la nature et de l’homme, mais elles ne doivent rien à l’opinion et doivent tout ployer à la morale et s’y ployer elles-mêmes.

Un tribunal pour les crimes de lèse-nation est un vertige de la liberté, qui ne se peut supporter qu’un moment, quand l’enthousiasme et la licence d’une révolution sont éteints ; une pareille magistrature est un poison d’autant plus terrible qu’il est doux ; en un mot, on n’offense la société qu’alors qu’on cor­rompt les bonnes lois. On voit bien que j’ai voulu parler du Châtelet, qui tint un moment la place de l’opinion ; au commencement il fit trembler les pervers et, bientôt après, les gens de bien.

Je ne dis rien de la loi martiale qui fut un remède violent ; il en est de cette loi comme du tribunal que j’ai cité, mais que si elle subsiste, elle doit être comme le temple de Janus, fermé au temps de paix, ouvert dans les périls.