Page:Saint-Just - Œuvres complètes, éd. Vellay, I, 1908.djvu/372

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Si l’on examine, d’un côté, l’avidité des Européens pour les richesses, et leur indifférence sur la liberté ; d’un autre côté, si l’on réfléchit à la fureur des souverains pour la dépense et la guerre, on ne peut se dissimuler que quand le luxe aura comblé leur satiété, il faudra que les États tombent. Les États qui vivent de luxe périssent un jour par la misère ; en vain ils cherchent à s’appuyer les uns sur les autres ; ils se prémunissent contre la force de leurs voisins, sans s’embarrasser de leur vice intérieur. Ce fut à l’origine du pacte des Bourbons, qui liguèrent leur faiblesse contre la vigueur anglaise qui les épuisait ; la France s’est renversée la première, les autres auront bientôt leur tour ; mais ce qui prouve le plus combien leur faiblesse est extrême, c’est d’avoir continué avec la nation libre et guerrière un pacte dont le principe est la servitude et le vice des lois. Il est vrai qu’ils périraient peut-être plutôt que d’appeler la France à leur secours.

Rien n’est plus redoutable pour la liberté que l’alliance d’une monarchie avec plusieurs républiques ; la patience, la résolution tranquille et l’absolu pouvoir d’un seul consument l’effervescence et l’inquiétude des dernières, qui se tournent à la fin les unes contre les autres, comme la Grèce unie à Philippe de Macé­doine. Rien n’est plus formidable pour la tyrannie que l’alliance de plusieurs États despotiques avec un État libre ; il faut que la vertu du dernier déracine le vice des premiers, ce qui arriva lorsque la république de Rome se rendit l’alliée de plusieurs rois d’Asie.

Quand la face des choses eut changé par la révolution de France, le pacte de famille était si peu celui des nations que l’Assemblée nationale, malgré la nature de son droit des gens, fut contrainte de ménager ce pacte qui menaçait la liberté.

CHAPITRE V.

DE L’ARMÉE DE TERRE

Quand M. de Mirabeau, quelques jours après le triste combat de Nancy, s’écria qu’il fallait décomposer et reconstruire