Page:Sainte-Beuve - Port-Royal, t2, 1878.djvu/573

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APPENDICE.

« Ce jugement fut porté à Port-Royal et communiqué aux personnes qui avoient connaissance de cette affaire. Les motifs en furent expliqués par M. de Sainte-Beuve, et on trouva fort peu à redire aux termes dans lesquels il étoit conçu. Il fut pourtant réformé en quelque partie et porté à l’instant à M. le curé de Saint-Paul, qui promit de le faire signer en la manière qu’il avoit été revu.
Ce curé apprit qu’ayant rendu les papiers à madame de Chavigny, et lui ayant fait entendre l’arrêté secret, elle avoit été tellement touchée des paroles qu’il lui avoit dites sur ce sujet, qu’elle n’avoit pu contenir ses larmes, ce qui lui avoit donné quelque espérance qu’elle se rendroit aux avis qu’il lui donnoit suivant le résultat. Il dit aussi qu’elle avoit voulu lui faire voir jusqu’à ce qu’on eût convenu avec M. Singlin à quoi elle seroit employée, prenant néanmoins pour la sûreté de ceux à qui elle seroit donnée une promesse de cette dame, à lui payable, pour être employée en œuvres pies suivant l’intention du défunt.
Il pressa ensuite M. de Bagnols, avec lequel il avoit cette conférence, de s’ouvrir des desseins que M. Singlin pouvoit avoir, pour distribuer cette somme, lui insinuant, autant qu’il lui étoit possible, qu’il ne lui seroit désavantageux de le faire sans donner une entière connoissance de ce à quoi il la destinoit. Et il ne témoigna pas d’aversion de se charger avec M. de Saint-Roch de faire cette distribution par leurs mains selon les connoissances qu’ils pourroient avoir des plus pressantes nécessités des pauvres.
« M. de Bagnols se tenant fort réservé sur cet article lui dit qu’il n’avoit de charge de M. Singlin sinon de lui demander cet avis par écrit pour lui servir de décharge à l’égard des personnes qui voudroient accuser la conduite qu’il auroit tenue en cette affaire ; et qu’au surplus de ce qui regardoit cette somme de cent mille livres, il n’avoit rien à dire ; que, si on la leur donnoit, ils en useroient selon les intentions qui leur avoient été expliquées par M. de Chavigny ; que si lui, M. de Saint-Paul, croyoit la mieux employer, ils ne les empêcheroient point.
« Cette retenue n’ayant pas plu autrement à M. de Saint-Paul, il demanda à parler à M. Singlin, afin de conclure avec lui ce qu’il seroit à propos de faire pour la conclusion de cette affaire.
« Le 6, M Singlin et M. de Bagnols étant allé voir ce curé, ils lui tinrent le même langage selon lequel M. de Bagnols lui avoit répondu deux jours auparavant. Mais n’étant pas satisfait, il fit ce qu’il put pour leur persuader qu’ils avoient grand intérêt de se décharger de la distribution de ces deniers, afin d’éviter toutes les calomnies que l’on commençoit à publier contre eux. Ce qui engagea M. Singlin à lui dire qu’il avoit certaines nécessités dans cette affaire qui devoient demeurer dans le dernier secret et qui l’empêchoient de déférer volontairement aux avis qu’il lui donnoit de ne prendre aucune part dans la distribution de ces deniers. Mais pour lui montrer qu’il ne prenoit point dans cette affaire aucun intérêt que celui de la justice, et de la décharge de la conscience du défunt, il se remettoit absolument à lui de juger si lui, M. le curé de Saint-Paul, après ce qu’il lui aurait pu dire, pouvoit se dispenser de remettre entre les mains de M. de Bagnols, selon l’intention de M. de Chavigny, cette somme de cent mille livres ; lui protestant de sa part que s’il croyoit la pouvoir retenir pour en faire la distribution, ni M. de Bagnols ni lui ne la lui demanderoient jamais. M. de Saint-Paul, fort embar-