Page:Samain - Œuvres, t2, 1921.djvu/256

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Par endroits sur le port une lumière luit ;
Et l’étrange soupir qui monte vers la nuit,
Mystérieux aveu du cœur profond des choses,
Ce soir, se fait plus doux de passer sur les roses.
Alcis songe… Et la paix immense, la douceur
Nocturne, l’infinie et calme profondeur,
Le croissant et l’étoile, à sa base, qui tremble,
Et la mer murmurante, et cette enfant qui semble,
Avec son cou sur lui renversé sans effort,
Comme morte d’amour parmi ses cheveux d’or,
Tout l’exalte ! Une lente et solennelle ivresse
Semble élargir jusqu’aux étoiles sa tendresse !
Frémissant, il se penche et contemple un long temps
Le front uni voilé par les cheveux flottants,
Et la bouche de rose où luit l’émail des dents,
Et le beau sein qu’un rythme égal et lent soulève…
Des feuillages au loin bruissent… La nuit rêve…
Alcis, les yeux au ciel, avec un lent baiser
Sur la bouche a laissé son âme se poser ;
Et tout à coup son cœur semble en lui se briser !
Car il le sent, jamais, jamais plus dans sa vie,
Il ne retrouvera l’adorable accalmie,
La nuit et le silence, et cette mer amie,
Et ce baiser, dans l’ombre, à Canope endormie.