Page:Sand – Le Lis du Japon, 1866.pdf/18

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JULIEN.

Je partirai aujourd’hui, madame. Je ne sais que vous obéir.


LA MARQUISE.

Et M. Marcel fera droit…


JULIEN.

Non, madame. On perd son bonheur, on ne le vend pas.


LA MARQUISE.

Son bonheur ? Le vôtre ne peut pas être attaché à la jouissance de ce modeste appartement.


JULIEN.

Pardonnez-moi, il est si clair, si gai, si riant ! des fleurs devant ma fenêtre, des gazons de plain-pied, un coin de ciel là-haut, des arbres là-bas, la chanson d’un petit jet d’eau, les moineaux qui me connaissaient… tout cela, c’est le bonheur, c’est la vie d’un pauvre artiste à Paris.


LA MARQUISE.

Eh bien, alors, il m’en coûte de vous affliger. On pourrait s’entendre. Je logerais mon amie au premier étage, et vous garderiez le rez-de-chaussée. Vous avez donc de la vue, ici ? (Elle entr’ouvre le rideau.) Ah ! mais c’est mon jardin… et cette fenêtre… je croyais cette pièce inhabitée !


JULIEN.

Je ne m’y tiens jamais… que pour travailler, et, comme le jour serait trop vif, je ferme tout.


LA MARQUISE.

Alors, vous ne jouissez pas du tout de cette vue que vous vantiez ?


JULIEN.

Quand vous n’êtes pas là, madame…


LA MARQUISE.

Vous savez donc quand j’y suis ? Tenez, monsieur Thierry, cette fenêtre me gêne.