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SIMON.

mage sans hésiter, sans comprendre ce que je faisais. Ô Fiamma ! si tu savais quel amour furieux cette goutte de ton sang m’a inoculé ! »



Sa taille se redressa, et… (Page 34.)

Ils auraient oublié la marche des heures sans un incident que le hasard, toujours poétique en faveur des amants, fit naître au milieu de leur entretien passionné. L’oiseau de nuit qui faisait sa ronde autour des ruines, apercevant les premières clartés du soleil, s’envola épouvanté vers la tour qui lui servait de retraite. Ses yeux myopes, déjà troublés par l’éclat du jour, ne distinguèrent pas le couple assis au pied de sa demeure, et il effleura leurs fronts de son aile en poussant un long cri d’alarme.

« C’est la duchesse ! dit Simon en se levant, c’est son dernier cri du matin ; c’est l’heure et le jour où l’abbé Féline, le vénérable frère de ma mère, a rendu son âme au Seigneur. Fiamma, tous les hommes ont coutume de se glorifier du mérite de leurs ancêtres ou de leurs parents. Ce n’est pas là un préjugé, je le sens à la force morale et aux sentiments religieux que j’ai tirés toute ma vie du souvenir de ce bon prêtre. C’est là l’humble gloire de mon humble famille. Je l’ai invoquée toutes les fois que mes maux ont ébranlé mon courage, et que j’ai craint d’offenser son ombre sacrée, toujours debout entre moi et l’attrait du mal. Jamais je n’ai laissé écouler cette heure solennelle sans me prosterner chaque année, ou dans le secret de ma cellule quand j’étais loin d’ici, ou devant le modeste autel qui recevait autrefois les ferventes prières de mon oncle. Viens avec moi, ma bien-aimée ; viens t’agenouiller dans cette petite église dont il fut le lévite assidu, et où jamais il n’entra sans avoir le cœur et les mains pures. Ce n’est pas pour lui qu’il faut prier, c’est pour nous-mêmes, afin que les impérissables sympathies de son âme immortelle descendent sur nous, afin que l’émulation de ses vertus nous rende semblables à lui, afin aussi que Dieu, qui lui accorda de bonne heure le ciel, son seul amour, bénisse notre amour qui, pour nous, est le ciel. »

Les deux amants, appuyés l’un sur l’autre, descendirent le sentier et se rendirent à l’église du village où ils prièrent avec enthousiasme. Simon avait un profond sentiment de la perfection de la Divinité et de l’immortalité de l’âme. Fiamma, Italienne et femme, était franchement catholique. Pour n’être point remarqués par le