Page:Sand - Œuvres illustrées de George Sand, vol 1, 1852.djvu/207

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VALENTINE.

le ciel. Moi, dont l’âme est au néant, j’y veux retourner. Adieu, Valentine ; vous êtes venue me dire adieu, je vous en remercie.



Bénédict n’était pas absolument dépourvu de beauté. (Page 28.)

Ce discours dont Valentine ne sentit que trop toute la force, la jeta dans le désespoir. Elle ne sut rien trouver pour y répondre, et se jeta la face contre le lit en pleurant avec une profonde amertume. Le plus grand charme de Valentine était une franchise d’impressions qui ne cherchait jamais à abuser ni elle-même ni les autres. Sa douleur fit plus d’effet sur Bénédict que tout ce qu’elle eût pu dire : en voyant ce cœur si noble et si droit se briser à l’idée de le perdre, il s’accusa lui-même. Il saisit les mains de Valentine, elle pencha son front vers les siennes et les arrosa de larmes. Alors il fut comme inondé de joie, de force et de repentir.

— Pardon, Valentine, s’écria-t-il, je suis un lâche et un misérable, moi qui vous fais pleurer ainsi. Non, non ! je ne mérite pas ces regrets et cet amour ; mais Dieu m’est témoin que je m’en rendrai digne ! Ne m’accordez rien, ne me promettez rien ; ordonnez seulement, et j’obéirai. Oh ! oui, c’est mon devoir ; plutôt que de vous coûter une de ces larmes, je dois vivre, fussé-je malheureux ! Mais avec le souvenir de ce que vous avez fait pour moi aujourd’hui, je ne le serai pas, Valentine. Je jure que je supporterai tout, que je ne me plaindrai jamais, que je ne chercherai point à vous imposer des sacrifices et des combats. Dites-moi seulement que vous me plaindrez quelquefois dans le secret de votre cœur ; dites que vous aimerez Bénédict en silence et dans le sein de Dieu… Mais non, ne me dites rien, ne m’avez-vous pas tout dit ? Ne vois-je pas bien que je suis ingrat et stupide d’exiger plus que ces pleurs et ce silence !

N’est-ce pas une étrange chose que le langage de l’amour ? et, pour un spectateur froid, quelle inexplicable contradiction que ce serment de stoïcisme et de vertu, scellé par des baisers de feu, à l’ombre d’épais rideaux sur un lit d’amour et de souffrance ! Si l’on pouvait ressusciter le premier homme à qui Dieu donna une compagne avec un lit de mousse et la solitude des bois, en vain peut-être chercherions-nous dans cette âme primitive la puissance d’aimer. De combien de grandeur et de poésie le trouverions-nous ignorant ! Et que dirions-nous si nous découvrions qu’il est inférieur à l’homme dégénéré de la civilisation ? si ce corps athlétique ne