Page:Sand - Œuvres illustrées de George Sand, vol 1, 1852.djvu/326

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LES MAÎTRES MOSAÏSTES.

Valerio, et l’autre celui de Francesco Zuccato, dit avec assurance :



Sébastien Zuccato courut se jeter aux pieds du doge. (Page 29.)

« Il est certain que le bois et le carton peints peuvent résister au sable et à l’éponge mouillée ; mais il n’est pas certain qu’ils puissent résister à l’action du temps, et en voici la preuve. « En parlant ainsi, il tira son stylet, et l’enfonçant dans la poitrine nue de l’archange qui représentait Francesco Zuccato, à l’endroit du cœur il en fit sauter une parcelle de substance couleur de chair, qu’il coupa lestement en deux avec sa lame, et qu’il présenta aux procurateurs. Le fragment passant de main en main, le Titien lui-même fut forcé de convenir que c’était un morceau de bois.

XIX.

Francesco et Valerio furent reconduits en prison, et huit jours après ils comparurent de nouveau devant le conseil des Dix. Le proces-verbal rédigé par la commission des peintres leur fut lu à haute voix. On s’était abstenu de signaler l’infériorité du travail des Bianchini. On savait qu’en le dépréciant sous le rapport de l’art, on irriterait de plus en plus le procurateur-caissier, et, l’affaire des Zuccati prenant une assez mauvaise tournure, la prudence exigeait qu’on n’envenimât pas la haine de leurs persécuteurs ; mais on avait prodigué la louange à la coupole des Zuccati, et on avait constaté la solidité de tout ce travail, à l’exception de deux figures peu importantes, où le bois avait été employé au lieu de la pierre. Le Titien avait même affirmé qu’il estimait cette mosaïque peinte capable de résister à l’action du temps cinq cents ans et plus, et sa prédiction s’est vérifiée, car ces pièces du procès subsistent encore, et paraissent aussi belles et aussi solides que les autres parties de la mosaïque. Quant au savoir-faire du jeune Zuccato, taxé d’incapacité ou d’ignorance par les accusateurs, il fut victorieusement défendu par le procès-verbal, et déclaré au moins aussi habile que son frère.

D’après cette assertion, toute l’accusation ne reposait plus que sur un point, celui de la substitution de matériaux inusités dans l’exécution des deux figures d’archange.

Francesco, interrogé sur ce qu’il avait à alléguer pour