Page:Sand - Œuvres illustrées de George Sand, vol 1, 1852.djvu/62

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ANDRÉ

maintenant ? Tu voudrais bien voir Geneviève, n’est-ce pas ? Ce n’est pas aisé. J’y pensais ce matin ; je cherchais un expédient pour avoir accès dans sa maison, et je n’en ai pas trouvé. Il faudra bien pourtant que nous en venions à bout. Henriette nous aidera. »



Il faut de la dentelle à monsieur le marquis pour dormir en cuvant son vin ! (Page 53.)

L’obligeance indiscrète de Joseph choqua cruellement son ami. Il se mit à rire d’un air d’un air sec et forcé en lui déclarant qu’il ne comprenait rien à cette plaisanterie et qu’il le priait de ne pas l’y mêler davantage.

« Ah ! tu fais le fier ! tu te méfies de moi ! dit Joseph un peu piqué. Eh bien ! comme tu voudras, mon cher ; tire-toi d’affaire tout seul, puisque tu n’as pas besoin d’aide. »

André s’affligea d’avoir offensé un ami si dévoué ; mais il lui fut impossible de revenir sur son refus et sur son désaveu. Il se retira assez triste. Le bon Joseph s’en aperçut ; et, pour lui prouver qu’il n’avait pas de rancune, il le reconduisit jusqu’au bout de l’avenue de peupliers qui termine la ville. Avant de sortir d’une petite rue tortueuse et déserte, il lui montra une vieille maison de briques, dont tous les pans étaient encadrés de bois grossièrement sculpté. Un toit en auvent s’étendait à l’entour et ombrageait les étroites fenêtres. « Tiens, dit Joseph en lui montrant deux de ces fenêtres, éclairées par le soleil couchant et couvertes de pots de fleurs, c’est là que Rose respire. Monter l’escalier, ce n’est pas le plus difficile ; mais franchir le palier et passer la porte, c’est pire que d’entrer dans le jardin des Hespérides. »

André, troublé, s’efforça de prendre un air dégagé et de sourire.

« Aurais-je dit quelque sottise ? dit Joseph. Cela est possible. J’aime trop la mythologie. Je ne suis pas toujours heureux dans mes citations.

— Celle-là est fort bonne, au contraire, répondit André ; j’en ris parce qu’elle est plaisante, et que je ne me sens point le courage d’Alcide et de Jason. »

Quoi qu’il en soit, André était le lendemain sur l’escalier de la vieille maison rouge. Où allail-il ? il le savait à peine. Serait-il reçu ? il ne l’espérait pas. Il avait à la main un énorme bouquet des plus belles fleurs qu’il avait pu réunir : c’était toute sa recommandation. Il était tour à tour pâle comme ses narcisses et vermeil comme ses adonis. Il se soutenait à peine, et à la dernière marche il fut forcé de s’asseoir. C’était déjà beaucoup d’avoir pu