Page:Sand - Œuvres illustrées de George Sand, vol 1, 1852.djvu/86

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ANDRÉ



Et elle s’appuya en chancelant contre la croix. (Page 75.)

— Comment ! il faut que tu lui écrives ? s’écria Henriette, dont les yeux étincelèrent.

— Oui vraiment, répondit Geneviève en souriant ; mais rassure-toi, ma chère, la lettre ne sera pas cachetée, et c’est toi qui la lui remettras. Seulement, je te prie de ne pas la lire avant de la lui donner.

— Ah ! tu as des secrets avec Joseph !

— Cela est vrai, Henriette, je lui ai confié un secret ; il te le dira, j’y consens.

— Et pourquoi commences-tu par lui ? Tu n’as donc pas confiance en moi ? tu me crois donc incapable de garder un secret ?

— Oui, Henriette, incapable, répondit Geneviève en commençant sa lettre.

— Comme tu es drôle ! dit Henriette en la regardant d’un air stupéfait. Enfin, il n’y a que toi au monde pour avoir de pareilles idées ! écrire à un jeune homme ! tu trouves cela tout simple ! et me donner la lettre, à moi qui suis sa maîtresse ! et me dire : La voilà ; elle n’est pas cachetée,tu ne la liras pas.

— Est-ce que j’ai tort de croire à ta délicatesse ? dit Geneviève écrivant toujours.

— Non, certes ; mais enfin c’est une commission bien singulière ; et moi qui viens de faire une scène épouvantable à Joseph, quelle figure vais-je faire en lui portant une lettre de toi ? une lettre !…

— Mais, ma chère, dit Geneviève, une lettre est une lettre ; qu’y a-t-il de si tendre et de si intime dans l’envoi d’un papier plié ?

— Mais, ma chère, répondit Henriette, entre jeunes gens et jeunes filles on ne s’écrit que pour se parler d’amour. De quoi peut-on se parler, si ce n’est de cela ?

— En effet, je lui parle d’amour, répondit Geneviève, mais de l’amour d’un autre. Va, Henriette, emporte ce billet, et ne le remets pas demain avant midi. Embrasse-moi. Adieu ! »

XVI.

Geneviève passa la nuit à mettre tout en ordre. Elle fit ses cartons, et en touchant toutes ces fleurs qu’André aimait tant, elle y laissa tomber plus d’une larme. « Voici, leur disait-elle dans l’exaltalion de ses pensées,