Page:Sand - Antonia.djvu/144

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la rue de Babylone devant le pavillon, il lui prit une furieuse envie de tourmenter, d’intriguer et de stupéfier son monde. Il sonna et fut reçu par Marcel, qui attendait avec inquiétude le résultat de sa conférence avec Julie,

— Eh bien, lui dit-il brusquement, où est ma plante ? et maître Julien a-t-il fini ma peinture ?

— Entrez dans l’atelier, dit Marcel ; vous verrez votre peinture terminée, et votre lis aussi frais que s’il ne lui était rien arrivé.

— Oui, oui, grommela ironiquement Antoine, ça lui a fait du bien d’être cassé !

Et il entra dans l’atelier le chapeau sur la tête, et sans regarder, sans voir sa belle-sœur, qui était pensive et fort abattue sur son petit fauteuil de canne, dans l’embrasure de la fenêtre. Il alla droit à son lis, il en examina la fracture et regarda attentivement l’épi, qui continuait à fleurir dans la terre humide. Il regarda ensuite le portrait de l’Antonia et dit :

— J’en suis content ; mais tu n’auras pas ma pratique, toi !

Puis il marcha dans l’atelier, passa près de madame Thierry et la vit, porta la main au bord de son chapeau en disant d’un ton rogue : « Votre serviteur, madame ! » revint vers Marcel, lui rit au nez sans cause, comme un homme égaré, et enfin se dirigea vers la porte, furieux de n’avoir rien trouvé à dire pour se venger, sans perdre la bonne opinion que sa fiancée devait conserver de sa conduite.