Page:Sand - Antonia.djvu/190

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


ça complétera la partie bourgeoise… et patriarcale.

On arriva au logement de Marcel. Il y monta bien vite laissant Julie seule dans le fiacre bien fermé. Il redescendit bientôt avec sa femme et son fils. Madame Marcel Thierry était fort intimidée ; mais, en femme d’esprit, elle ne fit point de phrases, et, au bout d’un instant, elle se sentit fort à l’aise avec l’aimable Julie, qui de son côté la sentit bonne et sensée. On descendit du fiacre un peu avant la file, on gagna le théâtre à pied, on passa sans rencontrer de gens attentifs ou curieux. On s’installa dans une loge très-obscure, madame Marcel et son petit garçon devant, pour masquer madame d’Estrelle et le procureur. On entendit la tragédie avec un plaisir extrême. Jamais Julie n’avait pris tant de plaisir au théâtre. Elle s’y sentait libre d’esprit, et cette famille bourgeoise l’intéressait. Elle l’observait curieusement comme un milieu tout nouveau pour elle, et, bien qu’on s’observât aussi un peu devant elle, elle surprenait entre le mari, la femme et l’enfant des bonhomies tendres qui lui allaient au cœur. Dans les endroits intéressants du spectacle, madame Marcel se tournait vers son mari et lui disait tout bas :

— Vois-tu bien, mon bon ? mon bonnet ne te gêne-t-il pas ?

— Non, non, ma fille, répondait le procureur ; ne t’occupe pas de moi. Amuse-toi pour ton compte.

Et l’enfant applaudissait quand il voyait le parterre applaudir. Il frappait ses petites mains d’un air d’im-