Page:Sand - Antonia.djvu/322

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Il la craignait beaucoup. Oserait-il lui dire en face qu’il lui reprenait ses dons ?

Le sommeil avait rendu M. Antoine à lui-même, c’est-à-dire à son état chronique d’aversion raisonnée, d’amour-propre jaloux et de ressentiment qui couve. On trouva madame Thierry en face d’un beau portrait de son mari, qu’elle contemplait comme pour chercher dans la sérénité enjouée de ce fin visage la confiance en l’avenir qui avait toujours soutenu l’heureux caractère de cet homme charmant. Marcel n’eut que le temps de se glisser le premier jusqu’à elle pour lui dire à la hâte :

— M. Antoine est sur mes talons ; il est furieux. Vous pouvez tout sauver par beaucoup de patience et de fermeté.

— Mon Dieu ! que lui dirai-je ?

— Que vous renoncez à ses dons, mais que vous l’en remerciez. Julie adore Julien. Tout dépend de l’oncle… Le voilà !

— Tu me laisses seule avec lui ?

— Oui, il l’exige ; mais je me tiens là, prêt à intervenir s’il le faut…

Marcel passa lestement dans un cabinet voisin dont la porte resta entr’ouverte, se jeta sur un fauteuil et attendit. M. Antoine entra dans le salon de madame Thierry par l’autre porte. Il était moins timide quand il ne se sentait plus sous l’œil scrutateur de Marcel.

— Votre serviteur, madame André, dit-il en entrant ; vous êtes seule ?