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consuelo.

— Mes yeux et mon cœur me l’ont révélée, et je vais vous faire son portrait pour vous en convaincre. Elle est grande : c’est, je crois, la plus grande de toutes vos élèves ; elle est blanche comme la neige du Frioul, et rose comme l’horizon au matin d’un beau jour ; elle a des cheveux dorés, des yeux d’azur, un aimable embonpoint, et porte au doigt un petit rubis qui m’a brûlé en effleurant ma main comme l’étincelle d’un feu magique.

— Bravo ! s’écria le Porpora d’un air narquois. Je n’ai rien à vous cacher, en ce cas ; et le nom de cette beauté, c’est la Clorinda. Allez donc lui faire vos offres séduisantes ; donnez-lui de l’or, des diamants et des chiffons. Vous l’engagerez facilement dans votre troupe, et elle pourra peut-être vous remplacer la Corilla ; car le public de vos théâtres préfère aujourd’hui de belles épaules à de beaux sons, et des yeux hardis à une intelligence élevée.

— Me serais-je donc trompé, mon cher maître ? dit le comte un peu confus ; la Clorinda ne serait-elle qu’une beauté vulgaire ?

— Et si ma sirène, ma divinité, mon archange, comme il vous plaît de l’appeler, n’était rien moins que belle ? reprit le maître avec malice.

— Si elle était difforme, je vous supplierais de ne jamais me la montrer, car mon illusion serait trop cruellement détruite. Si elle était seulement laide, je pourrais l’adorer encore ; mais je ne l’engagerais pas pour le théâtre, parce que le talent sans la beauté n’est parfois qu’un malheur, une lutte, un supplice pour une femme. Que regardez-vous, maestro, et pourquoi vous arrêtez-vous ainsi ?

— Nous voici à l’embarcadère où se tiennent les gondoles, et je n’en vois aucune. Mais vous, comte, que regardez-vous ainsi par là ?

— Je regarde si ce jeune gars, que vous voyez assis