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consuelo.

— Elle est ma fiancée, seigneur.

— Déjà ? Voyez ces enfants qui songent déjà au mariage !

— Nous nous marierons le jour où vous signerez mon engagement au théâtre de San-Samuel, illustrissime.

— En ce cas, vous attendrez encore longtemps, mes petits.

— Oh ! nous attendrons, dit Consuelo avec le calme enjoué de l’innocence. »

Le comte et le maestro s’égayèrent quelques moments de la candeur et des reparties de ce jeune couple ; puis, ayant donné rendez-vous à Anzoleto pour qu’il fît entendre sa voix au professeur le lendemain, ils s’éloignèrent, le laissant à ses graves occupations.

« Comment trouvez-vous cette petite fille ? dit le professeur à Zustiniani.

— Je l’avais vue déjà, il n’y a qu’un instant, et je la trouve assez laide pour justifier l’axiome qui dit : Aux yeux d’un homme de dix-huit ans, toute femme semble belle.

— C’est bon, répondit le professeur ; maintenant je puis donc vous dire que votre divine cantatrice, votre sirène, votre mystérieuse beauté, c’était Consuelo.

— Elle ! ce sale enfant ? cette noire et maigre sauterelle ? impossible, maestro !

— Elle-même, seigneur comte. Ne ferait-elle pas une prima donna bien séduisante ? »

Le comte s’arrêta, se retourna, examina encore de loin Consuelo, et joignant les mains avec un désespoir assez comique :

« Juste ciel ! s’écria-t-il, peux-tu faire de semblables méprises, et verser le feu du génie dans des têtes si mal ébauchées !

— Ainsi, vous renoncez à vos projets coupables ? dit le professeur.