Page:Sand - Consuelo - 1856 - tome 1.djvu/43

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
35
consuelo.

compte de la femme fantasque et impérieuse qui en gouvernait toutes les intrigues. Il avait tout lieu de penser que son règne auprès d’elle serait de courte durée ; et s’il ne s’était pas soustrait à ce dangereux honneur, c’est que, ne le prévoyant pas si proche, il avait été subjugué et enlevé par surprise. Il avait cru se faire tolérer par sa courtoisie, et voilà qu’il était déjà aimé pour sa jeunesse, sa beauté et sa gloire naissante ! Maintenant, se dit Anzoleto avec cette rapidité d’aperçus et de conclusions que possèdent quelques têtes merveilleusement organisées, il ne me reste plus qu’à me faire craindre, si je ne veux toucher au lendemain amer et ridicule de mon triomphe. Mais comment me faire craindre, moi, pauvre diable, de la reine des enfers en personne ? Son parti fut bientôt pris. Il se jeta dans un système de méfiance, de jalousies et d’amertumes dont la coquetterie passionnée étonna la prima-donna. Toute leur causerie ardente et légère peut se résumer ainsi :


Anzoleto

Je sais bien que vous ne m’aimez pas, que vous ne m’aimerez jamais, et voilà pourquoi je suis triste et contraint auprès de vous.


Corilla

Et si je t’aimais ?


Anzoleto

Je serais tout à fait désespéré, parce qu’il me faudrait tomber du ciel dans un abîme, et vous perdre peut-être une heure après vous avoir conquise au prix de tout mon bonheur futur.


Corilla

Et qui te fait croire à tant d’inconstance de ma part ?


Anzoleto

D’abord, mon peu de mérite. Ensuite, tout le mal qu’on dit de vous.