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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

zelli ; des palais magnifiques ; un théâtre de polichinelle qui enfonce à dix pieds sous terre celui de Gustave Malus ; des huîtres délicieuses, qu’on pêche sur les marches de toutes les maisons ; du vin de Chypre à vingt-cinq sous la bouteille ; des poulets excellents à dix sous ; des fleurs en plein hiver, et, au mois de février, la chaleur de notre mois de mai : que veux-tu de mieux ?

Je ne me suis pas doutée des autres plaisirs de l’hiver. Je n’aime pas le monde, comme tu sais. Je me suis bornée à deux ou trois personnes excellentes, et j’ai vu le carnaval de ma fenêtre.

Il m’a semblé fort au-dessous de sa réputation. Il aurait fallu le voir dans les bals masqués, aux théâtres ; mais je me suis trouvée malade à cette époque-là et je n’ai pu y aller. Je le regrette peu ; ce que je cherchais ici, je l’ai trouvé : un beau climat, des objets d’art à profusion, une vie libre et calme, du temps pour travailler et des amis. Pourquoi faut-il que je ne puisse bâtir mon nid sur cette branche ? Mes poussins ne sont pas ici et je ne puis m’y plaire qu’en passant. J’attends le mois d’avril pour retraverser les Alpes, et je m’en irai par Genève. Je compte donc être à Paris dans le courant du mois prochain.

Quand j’aurai embrassé Maurice, j’irai passer l’été en Berri. Engage Casimir à garder Solange et à ne pas la mettre en pension avant mon retour ; cela m’empêcherait d’aller à Nohant, et contrarierait beaucoup mes projets de repos et d’économie.