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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

Un tendre adieu, l’étreinte affectueuse d’une âme, qui ne se détachera jamais de toi, et qui priera pour toi dans une autre vie, peuvent adoucir ton épreuve. Eh bien, mon vieux ami, bénis Dieu qui t’a donné du courage et ne néglige pas ses dons.

Il t’en coûtera peu, et cette séparation ne changera rien à notre sort ; car, depuis des années, nous vivons presque toujours éloignés et comme perdus l’un pour l’autre. Voilà deux ans que nous ne nous étions vus, et, si j’avais à vivre, deux ans encore se passeraient peut-être sans que je revinsse au pays. Quant à toi, mon ami, je désire, avant tout, que ton existence soit la moins mauvaise possible. Ne t’attriste plus de mes douleurs ; envoie-moi une larme ou un sourire, sur l’aile de quelque oiseau voyageur, qui laissera tomber ce don en passant sur ma tête ; soit que je dorme sous le gazon, soit que, enlevant ma fille, j’aille vivre en ermite à l’île Maurice ou à la Louisiane.

Retourne tranquille à ton ajoupa, à ta brouette, à tes livres, à tes enfants surtout. Console-toi des ennuis comme tu sais le faire avec une bouffonne et inoffensive pointe d’ironie contre la destinée. Accomplis ta tâche.

Où que je sois, je penserai à toi, et te bénirai de cette amitié qui, en toi, a survécu aux mécomptes, aux contrariétés, aux obstacles, à l’absence et à mon apparent oubli.