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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

tain parti rejaillirait d’autant sur vous et augmenterait vos chances de condamnation ».

J’ai peine à le croire. Je ne puis me persuader que l’on s’occupe de moi à ce point, ni que nos adversaires eux-mêmes soient assez lâches et assez méchants pour reporter sur vous la haine qu’on leur suppose pour moi. M’a-t-on trompée pour me soustraire à quelque péril imaginaire ? Mais il a fallu céder, mon fils se mettant de la partie, et me disant aussi une chose qui m’a paru la seule vraisemblable. C’est que, sans respect pour mon âge ni pour le sérieux de notre destinée et des circonstances, les journaux de la réaction s’empareraient du fait de ma présence à Bourges pour calomnier et profaner la plus sainte des amitiés, par d’ignobles insinuations. Cela, c’est dans l’ordre, et nous savons de quoi ils sont capables. Un journal rédigé par des dévots et des prêtres ne publiait-il pas, il y a quelques années, que j’avais l’habitude de m’enivrer à la barrière avec Pierre Leroux ?

Je me serais encore moquée, pour ma part, de ces outrages stupides sur lesquels je suis tout à fait blasée ; mais on me remontrait que cela, venant jusqu’à vous, vous affligerait profondément dans votre amitié pour moi, et qu’au lieu de vous avoir porté quelques consolations, j’aurais été pour vous une nouvelle occasion d’indignation et de douleur.

Je vous devais toute cette explication ; car mon premier mouvement était d’aller vous voir et embrasser votre digne sœur, et nos premiers mouvements sont