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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

Elle devait aller le soir au théâtre pour voir cette pièce nouvelle de moi ; elle avait reçu sa loge, elle se portait on ne peut mieux. Elle disait à son ouvrière : « Allez me chercher un journal, que je voie si on joue ce soir la pièce de ma nièce. » Ç’a été sa dernière parole. On l’a retrouvée mourante sur son fauteuil. Elle a expiré une heure après dans les bras de Clotilde, sans souffrir et sans rien comprendre. Clotilde n’a rien voulu me faire savoir, à cause des occupations où je me trouvais. Le soir, pendant la première représentation, j’étais dans les coulisses, j’apercevais la loge d’avant-scène où elle devait être. J’y voyais des figures étrangères, je m’en inquiétais ; j’avais un pressentiment affreux, je ne pensais pas plus à ma pièce que si elle était d’un autre. Le lendemain matin, je cours chez Clotilde, et j’apprends de son portier la triste nouvelle. Je ne peux pas te dire le mal que cela m’a fait. La fièvre et la grippe m’ont prise instantanément. Je suis comme toi, je ne m’écoute guère. J’ai traîné cette vilaine maladie sans me coucher et ne m’en suis trouvée débarrassée qu’il y a deux jours, par une journée de forte chaleur, la seule que nous ayons encore eue ici depuis le printemps.

Le succès de Molière a été bon comme approbation du public, mais nul d’argent. Les théâtres du boulevard sont vides dès qu’il fait beau, et on a joué ma pièce trop tard dans la saison morte. Le théâtre était d’ailleurs en déconfiture, à ce qu’il paraît ; car il a fermé brusquement ces jours-ci, et