Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 3.djvu/269

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
266
CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

croyez, prince, que ceux qui sont assez honnêtes, assez purs pour dire : « Qu’importe que le bien arrive par celui dont nous ne voulions pas ? pourvu qu’il arrive, béni soit-il ! » c’est la portion la plus saine et la plus morale des partis vaincus ; c’est peut-être l’appui le plus ferme que vous puissiez vouloir pour votre œuvre future. Combien y a-t-il d’hommes capables d’aimer le bien pour lui-même, et heureux de lui sacrifier leur personnalité si elle fait obstacle apparent ? Eh bien, ce sont ceux-là qu’on inquiète et qu’on emprisonne sous l’accusation flétrissante — ce sont les propres termes des mandats d’arrêt — « d’avoir poussé leurs concitoyens à commettre des crimes ». Les uns furent étourdis, stupéfaits de cette accusation inouïe ; les autres vont se livrer d’eux-mêmes, demandant à être publiquement justifiés. Mais où la rigueur s’arrêtera-t-elle ? Tous les jours, dans les temps d’agitation et de colère, il se commet de fatales méprises ; je ne veux en citer aucune, me plaindre d’aucun fait particulier, encore moins faire des catégories d’innocents et de coupables ; je m’élève plus haut, et, subissant mes douleurs personnelles, je viens mettre à vos pieds toutes les douleurs que je sens vibrer dans mon cœur, et qui sont celles de tous. Et je vous dis : Les prisons et l’exil vous rendraient des forces vitales pour la France ; vous le voulez, vous le voudrez bien certainement, mais vous ne le voulez pas tout de suite. Ici, une raison, toute de fait, une raison politique vous arrête : vous jugez que la terreur et le désespoir doivent planer