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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

tion. La politique fait de grandes choses sans doute ; mais le cœur seul fait des miracles. Écoutez le vôtre, qui saigne déjà. Cette pauvre France est mauvaise et farouche à la surface, et, pourtant, la France a sous son armure un cœur de femme, un grand cœur maternel que votre souffle peut ranimer. Ce n’est pas par les gouvernements, par les révolutions, par les idées seulement que nous avons sombré tant de fois.

Toute forme sociale, tout mouvement d’hommes et de choses seraient bons à une nation bonne. Mais ce qui s’est flétri en nous, ce qui fait qu’en ce moment, nous sommes peut-être ingouvernables par la seule logique du fait ; ce qui fait que vous verrez peut-être échapper la docilité humaine à la politique la plus vigoureuse et la plus savante, c’est l’absence de vertu chrétienne, c’est le dessèchement des cœurs et des entrailles. Tous les partis ont subi l’atteinte de ce mal funeste, œuvre de l’invasion étrangère et du refoulement de la liberté nationale ; partant, de sa dignité.

C’est ce que, dans une de vos lettres, vous appeliez le développement du ventre, l’atrophie du cœur. Qui nous sauvera, qui nous purifiera, qui amollira nos instincts sauvages ? Vous avez voulu résumer en vous la France, vous avez assumé ses destinées, et vous voilà responsable de son âme bien plus que de son corps devant Dieu. Vous l’avez pu, vous seul le pouvez ; il y a longtemps que je l’ai prévu, que j’en ai la certitude, et que je vous l’ai prédit à vous-même lors-