Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 3.djvu/322

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
319
CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

plus naïvement logique n’est-il pas, quand nous nous sentons complètement supplantés par eux, de laisser l’enfant égaré, souffrir de leurs trahisons et s’éclairer sur leur perfidie ?

Il n’y a plus que le sentiment moral, le sentiment fraternel, le sentiment évangélique qui puisse sauver cette nation de sa décadence. Il ne faut pas croire que nous sommes à la veille de la décadence : nous y sommes en plein, et c’est se faire trop d’illusions que d’en douter ; mais l’humanité ne compte plus ses revers et ses conquêtes par périodes de siècles. Elle marche à la vapeur aujourd’hui et quelques années la démoralisent, comme quelques années la ressuscitent. Nous entrons dans le Bas-Empire à pleines voiles ; mais c’est à pleines voiles que nous en sortirons. Les idées vraies sont émises pour la plupart, laissons-leur le temps de s’incarner, elles ne sont encore que dans les livres et sur les programmes. Elles ne peuvent pas mourir, elles veulent, elles doivent vivre ; mais attendons, car, si nous bougeons dans les circonstances fatales où nous sommes, et où nous sommes par notre faute, nous allons les engourdir encore et mettre à leur place, des intérêts matériels et des passions violentes. Arrière ces mots de haine et de vengeance qui nous assimilent à nos persécuteurs. La haine et la vengeance ne sont jamais sanctifiées par le droit, elles sont toujours une ivresse, l’exercice maladif de facultés brutales et incohérentes. Il n’en peut sortir que du mal, le désordre, l’aveuglement, les crimes contre