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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

rire ! Eh bien, peut-être avez-vous raison en théorie, peut-être est-il des temps et des choses si nécessaires à saisir, qu’il y ait un farouche égoïsme à marcher ainsi sur les blessés et sur les cadavres pour arriver au but. Mais si ces reproches que vous faites ne sont pas justes ! s’ils partent d’une prévention ardente, comme il en est entré plus d’une fois dans l’âme des saints ! les saints ont beau être des saints, ils sont toujours hommes, et ils mettent souvent, nous le voyons à chaque instant dans l’histoire, une violence funeste, une intolérance impitoyable dans le zèle qui les dévore. Je ne sais plus lequel d’entre eux a nommé l’orgueil, la maladie sacrée, parce qu’elle atteint particulièrement les âmes puissantes et les esprits supérieurs. Les petits n’ont que la vanité ; les grands ont l’orgueil, c’est-à-dire une confiance aveugle dans leur certitude.

Eh bien, vous avez été atteint de cette maladie sacrée ; vous avez commis le péché d’orgueil le jour où vous avez rompu ouvertement avec le socialisme. Vous ne l’avez pas assez étudié dans ses manifestations diverses, il semble même que vous ne l’ayez pas connu. Vous l’avez jugé en aveugle, et, prenant les défauts et les travers de certains hommes pour le résultat des doctrines, vous avez frappé sur les doctrines, sur toutes, quelles qu’elles fussent, avec l’orgueil d’un pape qui s’écrie : Hors de mon Église, point de salut ! Il y avait longtemps que je voyais se développer votre tendance vers un certain cadre d’idées pratiques ex-