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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

n’est pas le matérialisme socialiste qui a perdu la France. Ou je suis une imbécile, je ne sais pas lire, je n’ai jamais rien vu, rien compris, rien apprécié, dans mon pays, ou le socialisme, en général, a combattu de toutes ses forces le matérialisme inoculé au peuple par les tendances bourgeoises orléanistes.

Quand, par exception, le matérialisme a été prêché par de prétendus socialistes, il n’a produit que peu d’effet, et ce n’est pas la faute du socialisme s’il a servi de prétexte à des doctrines contraires, pas plus que ce n’est sa faute s’il sert de prétexte aujourd’hui à nos bourreaux pour nous déporter et nous traiter en forçats réfractaires. Il y aurait, de la part des partisans du National, une grande lâcheté à lui reprocher les malheurs communs. Le socialisme n’aurait-il pas le droit de faire le même reproche à ceux qui ont donné aux mœurs publiques l’exemple de la mitraillade dans les rues et de la dictature ? S’il le fait, il est assez pardonnable de le faire ; car il est provoqué sur tous les tons et par tous les partis depuis dix ans avec une rage qui n’a pas de nom.

Il est le bouc émissaire de tous les désastres, la victime de toutes les batailles, et je ne peux pas imaginer que vous arriviez, vous, le saint de l’Italie, pour lui jeter la dernière pierre et lui crier : « C’est toi qui es le coupable, c’est toi qui es le maudit ! »

Pour moi, mon ami, ce que vous faites là est mal. Je n’y comprends rien. Je crois rêver, en voyant cette dissidence de moyens que je connaissais bien, mais que