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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

de vue du fait, on ne peut pas le comprendre. En principe, il est tout aussi socialiste que nous. Mais il nous accuse de l’être autrement, et c’est en cela qu’il est injuste ou erroné. Il devrait se résumer ainsi : « Républicains de toutes les nuances, vous vous êtes divisés, vous avez discuté au lieu de vous entendre ; vous vous êtes séparés au lieu de vous unir ; vous vous êtes laissé surprendre au lieu de prévoir ; vous n’avez pas voulu vous battre, quand il fallait combattre à outrance. »

C’est vrai : on s’est divisé, on a discuté trop longtemps. Il y a eu souvent de mauvaises passions en jeu. On est devenu soupçonneux, injuste. Il y a trois ans que je le vois, que j’en souffre, que je le dis à tout ce qui m’entoure. Après cette division, il était impossible de se battre et de résister.

Ce raisonnement serait bon, excellent, utile, s’il s’adressait à toutes les nuances du parti républicain. Si vous morigéniez tout le monde, oui, tout le monde indistinctement, vous feriez une bonne œuvre ; si, faisant de doux et paternels reproches aux socialistes, comme vous avez le droit de les faire, vous leur disiez qu’ils ont mis parfois la personnalité en tête de la doctrine, ce qui est malheureusement vrai pour plusieurs ; si vous les rappeliez à vous les bras ouverts, le cœur plein de douleur et de fraternité, je comprendrais que vous dissiez : « Il faut dire en tout temps la vérité aux hommes. »

Mais vous faites le contraire : vous accusez, vous