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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

jamais manqué, ni comme dignité, ni comme modestie, ni comme désintéressement.

Avise donc de toi-même ; car je prends ici conseil de toi, sur ce que tu dois faire de ma lettre. Je désire rétablir la vérité en ce qui me concerne, et c’est aussi défendre M. Ledru-Rollin que de me défendre moi-même. C’est la seule occasion convenable peut-être que j’aurai de le faire ; car, le rapport oublié, il serait de mauvais goût de ramener sur moi l’attention pour un fait personnel, comme vous dites à l’Assemblée. Peut-être aussi faut-il attendre que M. Ledru-Rollin s’en explique lui-même ? Confères-en avec lui, ce sera utile, et montre-lui mes lettres si tu veux.

Je te remercie, mon vieux frère, d’avoir pensé à moi tout de suite ; j’étais bien sûre que tu aurais ce soin-là.

Je crois que tu dois blâmer, toi, l’homme de la douceur et de la prudence généreuse, la brutalité du XVIe Bulletin. Pardonne-moi ce péché, que je ne puis appeler un péché de jeunesse. Je ne reviendrai pas sur ce que je t’ai écrit hier du fait non accompli dans ma réflexion, et pourtant accompli par le vouloir d’un hasard singulier. Ma défense, là-dessus, n’est point trop métaphysique, elle est simple et même naïve, je crois. Mais, après tout, je ne me repens pas bien sincèrement, je te le confesse, de cette énormité. Je suis sincère en te disant que je n’ai jamais donné dans le 15 mai. L’Assemblée n’avait pas mérité d’être traitée si brutalement. Le peuple n’avait pas droit ce jour-là.