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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

tout dans ce grand peuple de Paris, et même des combinaisons d’idées et de doctrines que nous ne connaissons pas.

Mais je ne crois pas que le socialisme ait suscité le mouvement ni qu’il l’ait dirigé. Je doute qu’il l’eût dominé et réglé si les insurgés eussent triomphé. Il y a eu, je crois, toute sorte de désespoirs dans cette mêlée, et, par conséquent, toute sorte de fantaisies ; car le désespoir en a, vous le savez, comme les maladies extrêmes. L’élection de Louis Bonaparte à côté de celle de Raspail doit nous expliquer un peu aujourd’hui la confusion de l’événement de juin.

En somme, il y a un grand fait qui domine tout, et je vous l’explique assez par le mal de désespoir. Le désespoir ne peut pas raisonner, il ne peut pas attendre. Là est le malheur. Le peuple n’a pas eu confiance en l’Assemblée nationale, et, aujourd’hui, nous voyons bien que son instinct ne l’avait pas trompé ; car l’Assemblée nationale, sauf une minorité républicaine méritante, et une infiniment petite minorité socialiste, enterre toutes les questions vitales de la démocratie.

Mais ce n’est point par le combat que le peuple triomphera d’ici à longtemps. On a trop effrayé la bourgeoisie propriétaire. Elle croit qu’on veut tout lui ravir, l’argent et la vie, et elle trouve de l’appui dans la majorité du peuple, qui craint aussi pour l’ombre de propriété qu’elle possède ou qu’elle rêve. Je crois que la question est retardée parce qu’elle est mal posée de part et d’autre.