Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 5.djvu/114

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J’ai vu les Lambert et je les revois ce soir à l’Odéon, où je vais entendre la Vie de Bohême, que je ne connais pas.


Minuit.


Je reviens de l’Odéon, où j’ai pleuré comme un Doligny. C’est navrant et charmant, cette pièce. C’est très bien joué ; Thuillier est superbe. J’ai vu La Rounat, qui a la pièce d’Augier, mais pas de Berton pour la jouer ; il est dans tous ses états. J’y ai vu Cadol, toujours sur la branche, et tous les grands et petits cabots qui me pleurent. J’ai dit à La Rounat : « Vous n’avez eu qu’un tort, c’est de ne pas espérer que je pourrais faire un miracle de volonté et de promptitude, de vous décourager et de me décourager de vous, en me faisant perdre quinze jours. J’aurais eu une bonne idée. Je l’ai eue malgré vous ; mais, à présent, ce n’est pas pour vous. »

Voilà comment il ne faut pas jeter le manche après la cognée ; à présent que j’ai de l’expérience, je ne me laisse plus dépiter ni abattre. J’ai donc bien fait, cette fois surtout, d’être philosophe et de ne pas m’arrêter de piocher. Cette pièce nous fera beaucoup d’honneur, à ce que dit Alexandre. Jeudi, je dîne chez Magny ; grand dîner donné par Demarquay. Tu vois que je fais une vie de Polichinelle. Je me porte bien ; mais j’ai besoin d’avoir plus de nouvelles de vous, plus de détails. Ma Cocote est sur pied en