Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 5.djvu/312

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« La nature agit par progrès, itus et reditus. Elle passe et revient, puis va plus loin, puis deux fois moins, puis plus que jamais. »

Quelle manière de dire, hein ? Comme la langue fléchit, se façonne, s’assouplit et se condense sous cette patte grandiose !


DCXCV

À M. ALEXANDRE DUMAS FILS, À PARIS


Nohant, 12 mars 1869.


Mourir sans souffrance, en dormant, c’est la plus belle mort, et c’est celle de Calamatta. Apoplexie séreuse, et puis une maladie dont il n’a pas su la gravité et qui ne le faisait pas souffrir. Mes enfants reviennent ; Maurice a raison de ramener tout de suite ma pauvre Lina auprès de ses filles. La nature veut qu’elle soit heureuse de les revoir.

Mourir ainsi, ce n’est pas mourir, c’est changer de place au gré de la locomotive. Moi qui ne crois pas à la mort, je dis : « Qu’importe tôt ou tard ! » Mais le départ, indifférent pour les partants, change souvent cruellement la vie de ceux qui restent, et je ne veux pas que ceux que j’aime meurent avant moi qui suis toujours prête et qui ne regimberai que si je n’ai pas ma tête. Je ne crains que les infirmités qui font durer une vie inutile et à charge aux plus dévoués.