Page:Sand - Flamarande.djvu/200

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lui une relique que sa mère lui avait mise au cou le jour de sa naissance. Elle pleura de n’avoir pu reconnaître son fils qu’après la mort, et jura à son mari qu’il lui avait fait insulte, car elle n’avait point aimé le sire de Mandaille. Alors le sire de Flamarande voulut renouveler sur le mort l’épreuve qu’il avait faite sur le naissant. Il lui mit le crucifix sur la poitrine et appela par trois fois Mandaille sans que rien bougeât ; mais, quand il appela : « Flamarande, Flamarande, Flamarande ! » à la première fois le mort ouvrit les yeux, à la seconde il regarda son père d’un air de reproche, à la troisième il sourit en manière de pardon ; puis il referma les yeux et jamais plus ne les rouvrit. Alors le sire de Flamarande pleura, lui fit dire beaucoup de messes et le fit enterrer dans la chapelle du château, où vous trouverez sa pierre dans un coin avec une épée en signe de sa noblesse et une houlette en mémoire de son état de berger.

— J’ai vu en effet cette pierre. Michelin n’a pas pu m’expliquer ce que signifiait la houlette.

— Ah ! c’est que Michelin est dans les jeunes, qui sont instruits et ne croient plus à ces histoires-là ; mais son père la connaissait bien, et il l’a racontée à M. de Flamarande, votre maître. Il la lui a racontée devant moi, le soir du jour où j’ai conduit M. le comte à la chasse.

— Ah ! vraiment ! devant madame la comtesse, par conséquent ?