Page:Sand - Flamarande.djvu/243

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


était une personne douce et froide, qui parlait le français avec difficulté et avec répugnance, disait-elle, mais qui au fond n’aimait pas la conversation et se méfiait de moi. Il m’était devenu à peu près impossible de savoir à quoi s’occupait madame, et si elle était malade en réalité.

Une fois elle gardait la chambre et même le lit, au dire d’Hélène, lorsque, me sentant surpris et impatienté de cette claustration, je me hasardai à montrer de l’inquiétude et à demander pourquoi Hélène n’appelait pas le médecin.

— Madame ne veut pas, répondit l’Anglaise ; elle suit ses prescriptions, elle se préserve du froid et s’abstient de parler.

Là-dessus elle me tourna le dos et entra dans l’appartement de madame, portant une théière et fermant soigneusement chaque porte après elle.

Je n’avais aucun prétexte pour la suivre, et jamais je ne pénétrais dans les appartements de madame ; je n’avais même plus l’occasion de la voir, car je ne menais plus Roger à la promenade. Il avait huit ans, et M. le comte lui avait donné un précepteur, bien qu’il n’en eût aucun besoin et que sa mère lui eût donné autant d’instruction que son âge en comportait. Ce précepteur était une espèce de prêtre étranger, espagnol autant qu’on en pouvait juger par un léger accent. Il était ponctuel, doux, calme, nullement fanatique, et muet comme un coffre avec les gens de la maison. Impossible de