Page:Sand - Flamarande.djvu/78

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un secret bien gardé, je vous jure. Ils avaient pris pour témoins des amis discrets et sûrs, votre mari devait en être. Ne savez-vous rien ? Pourquoi ne m’avez-vous pas écrit ? Je m’y perds, mais je le saurai ! Plaignez-moi, ma chère beauté, et donnez-moi du courage ; j’en ai tant besoin ! Aimez toujours votre pauvre Berthe. »

— Ne remettez pas cette lettre, me dit le comte. N’en remettez aucune avant qu’elle passe par mes mains. Je veux que madame la comtesse rompe avec cette folle de baronne, qui se perd de réputation sans même y songer. Cette intimité lui a été funeste. Rien de pernicieux pour une jeune femme comme les confidences d’une veuve passionnée en quête d’un mari. Tout le mal est venu de là. J’ai été d’une confiance stupide. À force d’entendre parler d’amour et vanter Salcède, la comtesse a été troublée, surprise, enivrée. L’amour-propre s’en est mêlé. Enlever un fiancé à sa meilleure amie, nulle femme ne résiste à cela, c’est le plaisir des dieux.

— Il y a une chose qui m’étonne, monsieur le comte, c’est que, professant un si grand mépris pour les femmes et ne faisant point d’exception pour madame la comtesse, vous la traitiez avec les mêmes égards que si vous n’aviez jamais eu le moindre soupçon sur son compte.

M. de Flamarande se laissait dès lors interroger