Page:Sand - Isidora - Narcisse (Levy).djvu/281

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défaites parlementaires de toute bonne intention, retrouve, dans un certain sens, la supériorité morale que lui avait enlevée la révolution. On lui retira alors de vains et injustes privilèges, on fit fort bien. Sous la Restauration, elle voulut les recouvrer, et se perdit une seconde fois. À l’heure qu’il est, lorsqu’elle ne fait point cause commune avec le règne de l’argent, et lorsqu’elle ne conspire point pour un principe monarchique désavoué parle pays, son rôle est plus beau qu’il ne l’a jamais été. Il ne lui reste du passé qu’un seul droit : celui de faire le bien. C’est là, comme dit la chanson, le plus beau droit du seigneur. Quand le châtelain est riche et répand ses bienfaits autour de lui, comme il a beau jeu contre l’industrie qui l’a renversé du pouvoir ! Retiré sur ses domaines, innocent des spéculations gouvernementales, patriarche aimé du paysan, qu’il soigne dans ses maladies et assiste dans sa détresse, il se venge, en vrai gentilhomme, du financier, ce faux ami du peuple, qui, après avoir exploité, en 1830, la bonne foi des masses, les écrase aujourd’hui, comme faisaient, au temps jadis les rudes barons de la féodalité.

Vengez-vous ainsi, ô ! vengez-vous beaucoup, patriciens ! Parmi les parvenus, il en est qui le sont bien légitimement par leur mérite : vous vous entendez facilement avec ceux-ci. Quant aux simples parvenus de fortune, entraînez-les, si vous pouvez, par l’émulation ; sinon, faites-leur la guerre avec les armes qui sont dans vos mains. Achetez, par la bonté, le cœur des pauvres, et opposez cela aux consciences des électeurs achetées par l’appât de la cupidité. L’orgueil est dans votre sang, et, en attendant le règne de l’Évangile, qui condamne même l’orgueil de la vertu, ayez celui de la vertu ! Il vaut mieux que celui des écus et des blasons.

Ce qui caractérise le Berri autant que l’hospitalité et la libéralité de sa vieille noblesse, c’est l’indépendance