Page:Sand - L Autre.djvu/59

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



MAXWELL.

J’ai ceci, d’abord, qu’il est un Mérangis, et que les hommes de cette famille respectent peu les liens du mariage.


JEANNE.

Qu’est-ce que vous en savez ? Qui donc êtes-vous, monsieur, pour disposer du sort d’Hélène et contrarier les intentions de sa grand’mère ?


MAXWELL, avec autorité.

Qui je suis ?


JEANNE.

Vous n’oseriez le dire.


MAXWELL, avec force.

Vous voulez donc que je vous le dise ?


JEANNE, effrayée.

Non, non, monsieur, ne le dites pas, je ne veux pas le savoir !


MAXWELL.

Et depuis longtemps, vous le savez, pourtant ! il y a longtemps, que, pour en être plus sûre, vous me faites horriblement souffrir !


JEANNE.

Eh bien, oui ! il y a longtemps que je vous ai deviné et que j’ai reconnu l’homme aux cheveux blonds dont la cicatrice n’est pas toujours bien cachée. Tenez, la voilà ! J’ai vu la blessure toute fraîche, j’ai vu ces cheveux teints de sang, ces choses-là ne s’oublient pas ! Dès le premier jour où vous êtes entré ici, je me suis dit : C’est lui !… C’est l’homme que j’ai vu là-bas, couché sur la neige dans le parc de Linsdale, au moment où, éloignée par l’ordre violent du comte, je revenais furtivement sur mes pas avec Hélène à qui je ne voulais pas ravir le dernier baiser de sa mère… Il faisait une nuit sombre, effrayante ! On s’était battu à la lueur d’une torche plantée dans la neige ; la flamme, rabattue par le vent, éclai-