Page:Sand - Laura - Voyages et impressions.djvu/57

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venue la chercher de grand matin. Elle n’a pas voulu qu’on te réveillât, pensant que tu éprouverais peut-être un petit chagrin à te séparer d’elle.

Mon oncle croyait naïvement que ce petit chagrin avorterait devant le fait accompli ; il fut très étonné de me voir fondre en larmes.

― Allons, dit-il, je te croyais guéri, et tu ne l’es pas, puisque tu t’affectes, comme un enfant, d’une si petite contrariété.

La contrariété fut une douleur, j’aimais Laura. C’était une amitié, une habitude, une confiance, une sympathie véritables, et pourtant Laura ne réalisait pas certain type que ma vision avait laissé en moi et qu’il m’eût été impossible de définir. Je l’avais vue dans le cristal plus grande, plus belle, plus intelligente, plus mystérieuse que je ne la retrouvais dans la réalité. Dans la réalité, elle était simple, bonne, enjouée, un peu positive. Il me semblait que j’eusse passé ma vie parfaitement heureux auprès d’elle, mais toujours avec l’aspiration d’un nouvel élan vers ce monde enchanté de la vision où elle se défendait en vain de m’avoir