Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/11

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PRÉFACE


Il est des époques historiques où la vie individuelle semble s’effacer dans la préoccupation de la vie générale ; mais, si on y regarde de plus près, on voit que, tout au contraire, les préoccupations personnelles prennent une importance d’autant plus grande, aux époques de trouble et d’incertitude, que l’on est surexcité par la vie générale. Ne sont-ce pas les époques fécondes en rêves, en projets, en situations romanesques, en accès d’enthousiasme, de doute et d’effroi ?

Aux derniers jours de notre dernière république, vivant à l’écart du grand courant d’action qui se précipite vers les grandes villes, je fus à même d’observer le contrecoup moral et intellectuel de ces agitations dans un milieu paisible, aux champs, au village, au coin du feu, sur les chemins, au presbytère. L’idée me vint de saisir toutes les réflexions, toutes les émotions, toute l’imprévoyance, toute l’inquiétude, tout le sérieux et toute la frivolité qui étaient dans l’air, et de les grouper autour d’un sujet de roman quelconque et de types imaginaires quelconques.

Mon plan était assez vaste, on en jugera par la forme du Diable aux champs, roman qui devait être le premier