Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/117

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DIANE. — Ah ! ah ! tu me tiens tête ? Tu veux discuter avec moi ? Voyons.

JENNY. — Oui, madame, je dis que vous ne le savez pas, parce que vous êtes trop franche pour en savoir si long. Si vous aviez le cœur et la tête assez froids pour ne jamais aller un peu plus loin que vous ne voulez, je craindrais que vous ne fussiez pire que Myrto, et, comme cela n’est pas, je crains que vous ne vous soyez engagée plus que vous ne croyez.

DIANE. — Je crois vraiment que tu me fais de la morale !…

JENNY. — Oh ! vous n’en avez pas besoin ; vous savez bien que je dis vrai.

DIANE. — Peut-être… Mais laissons ça ; ça m’ennuie. Parle-moi du jardinier.

JENNY. — Du jardinier ?

DIANE. — Eh bien, oui. Qu’est-ce que tu as à faire tes grands yeux ébahis ?

JENNY. — Qu’est-ce que vous voulez donc que je vous dise du jardinier ? Lequel ?

DIANE. — Ah ! voilà de l’hypocrisie !… Lequel ? Penses-tu me faire croire que tu ne fais pas de différence entre Cottin et Florence ?

JENNY. — J’en fais beaucoup. Cottin est un excellent homme, bien honnête, bien doux ; mais il ne parle pas et il ne raisonne pas comme monsieur Florence.

DIANE. — Tu vois bien ? L’un est Cottin, l’autre monsieur Florence. Cottin est une bête, et Florence un homme d’esprit.

JENNY. — Non, madame, je ne prends pas monsieur Cottin pour une bête. Seulement l’autre sait mieux s’expliquer.

DIANE. — Aussi tu ne causes pas avec Cottin, et tu te promènes, tu cours les champs avec Florence.

JENNY. — Oh ! madame, je cours les champs ! J’ai été à Mireville pour faire une commission qui ne me plaisait guère ; j’avais grand’peur pour revenir seule, et parce que je vous ai dit que Florence était venu au devant de moi,