Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/150

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viendra nous prier de nous taire. Il n’a pas assez d’esprit pour nous dire cela gentiment, comme à des amis ; il arrivera en pourfendeur, avec son fusil de chasse et son couteau de chasse. Il nous ennuiera, nous l’enverrons paître. Il nous provoquera, nous ne reculerons pas ; nous nous battrons, advienne que pourra ; mais nous aurons, comme je vous le disais, le vilain rôle.

DAMIEN. — Ma foi, tu parles comme un livre. Qu’est-ce que tu as donc mangé ce matin ?

EUGÈNE. — Tu ne vois pas que c’est le Manuel du pompier qui lui forme le cœur et l’esprit ? Mais elle est bien longue à revenir, la Thisbé ? Est-ce qu’elle les fait, ces fameuses lettres ?

MAURICE. — Elle en est bien capable. Moi, ça me dégoûte, ces histoires de filles et de coquettes ; ne nous mêlons pas de ça, et que ceux qui dansent payent ou cassent les violons. Je m’en vais !

EUGÈNE. — Imprudent ! tu nous laisses seuls dans le danger ! Quand l’enfer s’allume, toi, capitaine de pompiers, tu nous abandonnes !

MAURICE. — Ma foi, si pour une noctuelle comme ça, vous voulez endosser de sales commérages…

DAMIEN. — Avec ça que je les aime ! Bonsoir, Eugène, nous te cédons la gloire, mon vieux.

EUGÈNE. — Cruels, vous le voulez ! Mon cœur se déchire ; mais laissez-moi boire un petit verre, et je sens que j’aurai le courage de vous suivre.

FLORENCE, entrant. — Non, mes chers voisins, restez. Pardonnez-moi, j’ai écouté aux portes, ou pour mieux dire aux fenêtres, qui sont ouvertes.

MAURICE. — Bah ! vous écoutiez ?

FLORENCE. — Oui, aujourd’hui, je suis un valet de comédie. Écoutez ! vous êtes de braves jeunes gens, je le disais bien !

DAMIEN. — Vous le disiez ?

FLORENCE. — Oui, tout à l’heure, à Jenny, qui avait deviné ce qui arrive.