Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/242

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car ce brouillard, sans être froid, est humide et malsain.

MYRTO. — Ah ! vous êtes trop bon, monsieur Jacques ! Vous n’êtes pas jeune, vous, et vous vous dépouillez pour moi qui suis forte comme un cheval de charrette !

JACQUES. — C’est parce que vous êtes jeune que votre existence est plus précieuse que la mienne.

MYRTO. — Plus précieuse ! Est-ce que vous me raillez, monsieur Jacques ? Ce ne serait pas bien, je suis si triste !

JACQUES. — Je ne raille jamais. Vous avez encore le temps de faire beaucoup de bien, si vous voulez, et moi, en dépit de ma volonté, pour peu que les infirmités de la vieillesse arrivent bientôt, comme c’est dans l’ordre, j’ai à peu près fini ma carrière.

MYRTO. — Faire du bien, moi ! Ah ! si je le pouvais ! Mais je ne le pourrai jamais : il ne m’aime pas, lui !

JACQUES. — Qui donc ? Florence ?

MYRTO. — Vous le savez bien. S’il ne vous l’a pas dit, vous le voyez du moins à ce que je souffre. Il me parle à peine, ou il parle exprès de choses qui ne m’intéressent pas. Il vous a fait venir avec nous pour ne pas se trouver seul avec moi. Je ne me plains pas de vous, monsieur Jacques ! Vous êtes si doux, si poli ! Vous avez pour moi des égards qui devraient me flatter, moi pauvre mauvaise fille, de la part d’un homme aussi respectable que vous… Mais tenez, ce brouillard qui s’était presque dissipé et qui est revenu tomber tout à coup sur nous, ça m’irrite, ça m’étouffe : il me semble que je suis dans un linceul. Je ne suis pas peureuse. Le danger où nous sommes depuis une heure ne m’occupe pas du tout ; mais ces ténèbres blanches me donnent des idées de mort. C’est plus affreux que la nuit la plus noire. Et lui, qui ne revient pas ! Ça m’inquiète. Descendons et cherchons-le. On ne doit pas se séparer dans un danger pareil !

JACQUES. — Vous avez raison… Mais tranquillisons-nous, le voilà. Eh bien, Marigny, où sommes-nous ?

FLORENCE. — Je le sais maintenant. Nous sommes au pied de la chapelle de Saint-Satur. J’y ai passé en venant de Paris.