Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/244

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dire une messe tous les ans. Il y a sous une voûte, quelque part, une source merveilleuse qui guérissait jadis de la lèpre ; mais il n’y a plus de lèpre, et la source ne rapporte plus rien au curé de Saint-Abdon, qui dessert cette chapelle. Attendez, n’allez pas au hasard dans ces décombres ; la source est profonde, et je ne me rappelle pas bien où elle est ; il y a longtemps que je ne suis entré ici. Tenez, voici une petite roue en bois qui sert de lustre, le jour de la messe annuelle, et qui est encore garnie de bouts de cierges moitié cire, moitié résine. Ce ne sera pas une profanation que de les allumer, et vous pourrez trouver la source et admirer la petite chapelle romane, qui est, en effet, fort jolie.

MYRTO. — Ah ! ce n’est pas vous qui pouvez profaner une église, c’est moi, monsieur Jacques ! Une église ! je n’y entre jamais sans trembler, et celle-ci me fait un effet… Oui, elle est jolie, elle est belle, à mesure qu’elle s’éclaire ! Et la source qui guérit de la lèpre ? Quand je faisais ma première communion, j’entendais parler de la lèpre du péché. Je ne savais ce que cela voulait dire, pauvre enfant que j’étais ! Et à présent… Ah ! si cette source pouvait en effacer la souillure jusqu’au fond de l’âme, comme je voudrais m’y plonger, monsieur Jacques !

JACQUES. — Vous êtes triste, mon enfant ? Voyons, racontez-moi vos peines. Une belle dame voulait absolument hier soir me faire deviner les siennes. J’y portais une grande répugnance, je vous assure ; mais avec vous, c’est le contraire, car je sens que vous êtes sérieuse et sincère en ce moment, et que vous ne jouez pas avec votre conscience. Parlez-moi donc ! Ne suis-je pas là pour essayer de vous calmer ?

MYRTO. — Ah ! monsieur Jacques, je ne suis pas madame de Noirac, moi ; je ne saurai pas m’expliquer comme elle. Je suis une sotte, une folle… C’est la vanité, la parure, le goût des chiffons, des meubles, des bijoux, qui m’ont perdue. Peut-on se perdre pour quelque chose de plus bête ? Et puis l’ennui du travail ! Si vous saviez comme c’est desséchant, le travail d’une femme dans une grande ville ;