Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/93

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SCÈNE VIII


MYRTO, dans une chambre du château de Mireville ; JENNY, frappant doucement à la porte.



MYRTO. — Qui est là ?

JENNY. — Quelqu’un qui demande si madame n’a pas besoin d’une femme pour l’aider à s’habiller.

MYRTO. — Non, je suis habillée, merci ! Le marquis est-il au château ?

JENNY. — Non, madame, il n’est pas encore rentré.

MYRTO. — Mais je connais cette voix-là… Qui êtes-vous donc ?

JENNY. — Je m’appelle Jenny.

MYRTO. — Jenny quoi ?

JENNY. — Jenny Vallier.

MYRTO. — Ah ! mon Dieu ! c’est toi, Jenny ?

(Elle lui ouvre la porte.)

JENNY. — Comment ! c’est toi, Céline Tarentin ?

MYRTO. — Oh ! je ne m’appelle plus comme cela. On a joué sur le nom de mon père, qui était, comme tu sais, un marchand de médailles prétendues antiques, et qui était d’origine plus italienne que ses médailles. Un beau jour, quelqu’un a rappelé un vers de… de qui donc déjà ? n’importe ! Ça disait :

    Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine !

Ça m’a plu, ça a plu à ceux qui étaient là, et me voilà baptisée Myrto la Tarentine, et non plus Céline Tarentin.

JENNY. — Eh bien, Céline…

MYRTO. — Non pas, Myrto ! Je ne me reconnais plus quand on m’appelle autrement.

JENNY. — Eh bien, Myrto, mon ancienne camarade de magasin, que fais-tu donc ici ?