Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/102

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elle, que madame votre mère est extrêmement bonne et charitable. Je parlais d’elle précisément tout à l’heure avec le petit Sylvain, qu’elle a comblé.

— Ma mère est parfaite, dit Émile ; mais, en cette occasion, il était bien simple qu’elle témoignât de l’amitié à ce pauvre enfant, sans lequel j’aurais peut-être péri par imprudence. Je suis impatient de le voir pour le remercier.

— Le voilà, reprit mademoiselle de Châteaubrun en montrant Charasson qui venait derrière elle, portant un panier et un petit pot de résine. Nous avons fait plus de cinquante écussons de greffe, et il y a même là des échantillons que Sylvain a ramassés dans le haut de votre jardin. C’était le rebut que le jardinier avait jeté après la taille de ses rosiers, et cela nous donnera encore de belles fleurs, si nos greffes ne sont pas trop mal faites ; vous y regarderez, n’est-ce pas, mon père ? car je n’ai pas encore beaucoup de science.

— Bah ! tu greffes mieux que moi, avec tes petites mains, dit M. Antoine en portant à ses lèvres les jolis doigts de sa fille. C’est un ouvrage de femme qui demande plus d’adresse que nous n’en pouvons avoir. Mais tu devrais mettre tes gants, ma petite ! Ces vilaines épines ne te respecteront pas.

— Et qu’est-ce que cela fait, mon père ? dit la jeune fille en souriant. Je ne suis pas une princesse, moi, et j’en suis bien aise. J’en suis plus libre et plus heureuse. »

Émile ne perdit pas un mot de cette dernière réflexion, quoiqu’elle l’eût faite à demi-voix pour son père ; et que, de son côté, il eût fait quelques pas au-devant du petit Sylvain pour lui dire bonjour avec amitié.

« Oh ! moi, ça va très bien, répondit le page de Châteaubrun ; je n’avais qu’une crainte, c’est que la jument ne s’enrhumît, après avoir été si bien baignée. Mais, par