Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/112

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éducation, je n’étais pas très propre à m’en créer une autre ?

— Vous auriez fort bien pu servir les Bourbons, mais vous ne le voulûtes point.

— J’avais les idées de mon temps. Peut-être les aurais-je encore, si c’était à refaire.

— Eh bien, monsieur, qui pourrait vous en blâmer ? Ce fut très honorable, à ce qu’on disait alors dans le pays, et vos parents ont été les seuls à vous condamner.

— Mes parents furent orgueilleux et durs dans leurs opinions légitimistes. Tu ne saurais nier qu’ils m’abandonnèrent au désastre qui me menaçait, et qu’ils se soucièrent fort peu de la perte de ma fortune.

— Vous fûtes encore plus fier qu’eux, vous ne voulûtes jamais les implorer.

— Non, insouciance ou dignité, je ne leur demandai aucun appui.

— Et vous perdîtes votre fortune dans un grand procès contre la succession de votre père, on sait cela. Mais si vous l’avez perdu ce procès, c’est que vous l’avez bien voulu.

— Et c’est ce que mon père a fait de plus noble et de plus honorable dans sa vie, reprit Gilberte avec feu.

— Mes enfants, reprit M. Antoine, il ne faut pas dire que j’ai perdu ce procès, je ne l’ai pas laissé juger.

— Sans doute, sans doute, dit Janille ; car s’il eût été jugé, vous l’eussiez gagné. Il n’y avait qu’une voix là-dessus.

— Mais mon père, reconnaissant que le fait n’est pas le droit, dit Gilberte en s’adressant à Émile avec vivacité, ne voulut pas tirer avantage de sa position. Il faut que vous sachiez cette histoire, monsieur Cardonnet, car ce n’est pas mon père qui songerait à vous la raconter, et vous êtes assez nouveau dans le pays pour ne pas l’avoir