Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/124

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tout le monde ; et, en se retournant, M. Antoine vit Jean Jappeloup sur le seuil de la porte.

— Quoi ! Jean en plein jour ! s’écria le châtelain stupéfait.

— Oui, j’arrive en plein jour, et par la grande porte encore ! répondit le charpentier en s’essuyant le front. Oh ! ai-je couru ! Donnez-moi vite un verre de vin, mère Janille, car je suis étranglé de chaleur.

— Pauvre Jean ! s’écria Gilberte en courant vers la porte pour la fermer ; tu as donc été encore poursuivi ? Il faut songer à te cacher. Peut-être qu’on va venir te relancer ici ?

— Non, non, dit Jean ; non, ma bonne fille, laissez les portes ouvertes, on ne me suit pas. Je vous apporte une bonne nouvelle, et c’est pour cela que je me suis tant hâté. Je suis libre, je suis heureux, je suis sauvé !

— Mon Dieu ! s’écria Gilberte en prenant dans ses belles mains la tête poudreuse du vieux paysan, ma prière a donc été exaucée ! J’ai tant prié pour toi cette nuit !

— Chère âme du ciel, tu m’as porté bonheur, répondit Jean qui ne pouvait suffire aux caresses et aux questions d’Antoine et de Janille.

— Mais dis-nous donc qui t’a rendu la liberté et le repos ? reprit Gilberte lorsque le charpentier eut avalé un grand verre de piquette.

— Oh ! c’est quelqu’un dont vous ne vous doutez guère, qui me sert de caution tout de suite, et qui va me payer mes amendes. Voyons, je vous le donne en cent !

— C’est peut-être le curé de Cuzion ? dit Janille ; c’est un si brave homme, quoique ses sermons soient un peu embrouillés ! mais il n’est pas assez riche !

— Et vous, Gilberte, reprit Jean, qui pensez-vous que ce soit ?