Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/197

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


toujours promis de saisir la première occasion qui se présenterait pour tâcher de rapprocher deux hommes qui se sont tant aimés, et si Jean avait pu entrer tout à fait en grâce auprès du marquis, j’aurais espéré beaucoup de sa hardiesse et de son esprit naturel. Mais lui aussi est victime d’une bizarrerie de ce personnage, et je ne vois que vous qui puissiez venir à mon aide.

— Vous ne doutez pas que ce ne soit désormais ma plus constante résolution », répondit Émile avec feu. Et comme il entendait revenir Janille dont les petits sabots résonnaient sur les dalles, il monta sur une chaise comme pour consolider la pendule, mais en effet pour cacher le trouble délicieux que faisait naître en lui la confiance de Gilberte.

Gilberte aussi était émue ; elle avait fait un grand effort de courage pour ouvrir son cœur à un jeune homme qu’elle connaissait à peine ; et elle m’était ni assez enfant, ni assez campagnarde, pour ne pas savoir qu’elle avait agi en dehors des convenances.

Cette loyale fille souffrait déjà un peu d’avoir un petit secret pour Janille ; mais elle se rassurait en pensant à la pureté de ses intentions, et il lui était impossible de croire Émile capable d’en abuser. Pour la première fois de sa vie, elle eut un instinct de ruse féminine en voyant rentrer sa gouvernante. Elle sentait qu’elle avait le visage en feu, et elle se baissa comme pour chercher une aiguille qu’elle avait fait tomber à dessein.

La pénétration de Janille fut donc mise en défaut par deux enfants fort peu habiles à tous autres égards, et l’on entreprit gaiement l’exploration des souterrains.

Celui qui était placé immédiatement au-dessous du pavillon carré donnait entrée à un escalier rapide, qui s’enfonçait à une profondeur effrayante dans le roc. Janille marchait devant, d’un pas délibéré, et avec l’habitude