Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/250

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— Mais maintenant ! Eh bien ! maintenant, dit M. Antoine en paraissant tout à coup au détour d’un massif d’arbustes sauvages, et en souriant avec son air de confiance et de franchise accoutumé, que diable racontez-vous là de si sérieux, et qu’est-ce que tu réparerais au prix de ta vie, ma pauvre petite ? Je vois, Émile, qu’elle vous prend pour son confesseur, et qu’elle s’accuse d’avoir tué une mouche avec trop de colère. Qu’est-ce ? allons, parlez donc ! car votre air embarrassé me donne envie de rire. Est-ce que par hasard on aurait des secrets pour le vieux père ?

— Oh non, mon père ! je n’en aurai jamais, s’écria Gilberte en jetant son bras sur l’épaule d’Antoine, et en appuyant sa joue rose contre son visage cuivré. Et puisque vous écoutez aux portes, en plein air, vous allez être forcé d’apprendre ce dont il s’agit. Si vous y trouvez quelque chose à blâmer, songez que vous en avez perdu le droit, en surprenant ma pensée et en commentant mes paroles. Tenez, je vais tout lui dire, monsieur Émile ! car il vaut mieux qu’il le sache. Mon bon père, vous vous affligez de la rancune injuste de M. de Boisguilbault, à propos d’une misère…

— Ah diantre ! tu vas me parler de ça, toi ! À quoi bon ? Tu sais bien que ce sujet-là me chagrine ! dit M. Antoine, dont la figure enjouée s’altéra tout à coup.

— Il faut bien en parler, puisque c’est pour la dernière fois, reprit Gilberte. Ce que j’ai à vous en dire vous fera de la peine, et pourtant cela vous ôtera, j’en suis sûre, un grand poids de dessus le cœur.

« Allons, père chéri, ne détournez pas la tête, et ne prenez pas l’air soucieux qui fait tant de mal à votre Gilberte.

« Je sais fort bien que vous ne voulez pas que je prononce devant vous le nom du marquis ; vous dites que