Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/252

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Gilberte en se jetant à genoux près de son père et le couvrant de caresses. Oh ! pardon, pardon, mon père ! je vous ai fait du mal, j’ai parlé trop vite ! Mais aidez-moi donc à le consoler, Émile ? »

Émile tressaillit de ce que Gilberte, dans son émotion, oubliait pour la première fois de l’appeler monsieur. Il semblait qu’elle le traitât comme un frère, et, dans un transport d’attendrissement, il s’agenouilla aussi auprès du bon Antoine, qui paraissait comme menacé d’un coup de sang, tant il était rouge et oppressé.

« Rassurez-vous, dit Émile, les choses n’en sont pas à ce point, et n’y viendront jamais, je l’espère. M. de Boisguilbault n’est pas malade, il jouit de toutes ses facultés ; sa monomanie, si l’on peut appeler ainsi l’éloignement qu’il professe pour votre famille, n’est pas un mal nouveau ; seulement, à voir cette bizarrerie chez un homme si calme et si tolérant à tous autres égards, j’ai cru longtemps qu’il y avait là des motifs graves, et je suis forcé de constater maintenant qu’il n’y en a aucun ; que c’est un trait de folie passagère qu’il oubliera si on ne le réveille plus, et que vous n’en êtes pas le seul objet, puisque d’autres personnes, dont il n’a jamais eu à se plaindre, et qu’il ne connaît pas du tout, lui inspirent le même sentiment d’effroi et de répulsion maladive.

— Expliquez-vous donc, dit M. Antoine, qui commençait à respirer. Quelles sont ces autres personnes ?…

— Mais… Jean d’abord, répondit Émile. Vous savez bien qu’il n’a aucun motif de craindre sa présence comme il le fait, et que ce brave homme lui-même ignore absolument ce qu’il peut jamais avoir eu à lui reprocher.

— Il n’a rien à lui reprocher en effet, ni lui, ni personne, mais je sais fort bien ce qu’il suppose… Passons ! s’il n’est question que de Jean, le marquis n’est pas fou le moins du monde, il n’est qu’injuste ou dans l’erreur