Page:Sand - Narcisse, 1884.djvu/86

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— Non ! elle a passé par ici ; voyez ! c’est la trace de son petit sabot qui est là sur le sable. C’est tout frais, elle ne doit pas être loin !

En effet, nous trouvâmes mademoiselle d’Estorade assise au bord de l’eau, sous un vieux chêne, dans une étroite prairie en pente que baignait le ruisseau apaisé, et qu’enfermaient, comme un sanctuaire, d’énormes blocs de rocher aux flancs coupés à pic. Des arbres superbes remplissaient de leurs masses sombres les déchirures de cette crête granitique, dont l’attitude rigide et l’austère nudité donnaient quelque chose d’imposant et même de religieux à la mystérieuse enceinte de verdure qu’elle protégeait.


IV


Mademoiselle d’Estorade était, à son insu probablement, un peu moins mal habillée que la veille. Un léger châle de mousseline blanche cachait le corsage de sa vilaine robe noire, et jetait quelque ampleur sur sa jupe étriquée. Elle avait son grand chapeau de paille du fameux rendez-vous ; mais elle l’avait posé à côté d’elle, ainsi que son béguin plissé, à cause de la chaleur qui