Page:Sand - Questions d’art et de littérature, 1878.djvu/366

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Notre idéal plus étendu et plus doux ne peut froisser ces âmes généreuses et timides, et leur stoïque désespérance ne peut détruire en nous le fruit de l’étude et de la réflexion. Pourquoi nous disputerions-nous ? Nous sommes bien d’accord sur ce point que l’existence du mal n’est pas absolue, puisqu’ils travaillent autant que nous à le détruire. Comme nous, ils savent que le mal est une déviation accidentelle du bien général, car la vie par elle-même est un bien, un état divin. Ce bien ne peut être troublé que par quelque chose qui est encore bien, mais qui se produit d’une façon anormale. C’est ainsi que par un excès de sève, gênée et mal départie, les monstruosités se produisent dans l’ordre physique. Le mal n’a passa cause en lui-même, il est toujours le résultat d’une atteinte portée à la vie. Même quand il se présente sous la forme d’un excès de vie locale, il est une aberration ou plutôt un manque de vie normale. Étendons les forces générales de la vie, comme nous donnons l’air et la lumière à nos nouveaux-nés. Écartons tout ce qui étouffe et obscurcit le corps et l’âme. Si nous travaillons tous à ce but commun. Dieu ne nous demandera pas compte de la notion plus ou moins complète que nous aurons eue de son rôle dans l’univers. Il nous jugera sur ce que nous aurons fait pour assainir et embellir ce monde-ci.

Nohant, 15 juillet 1863.